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Gérer la complexité des infrastructures du logiciel libre. Tel est l'objet du projet Mancoosi lancé en février 2008 et auquel adhère une dizaine d'entreprises privées et d'universités. Largement soutenu par l'Union européenne, Mancoosi est coordonnés par l'universitaire et activiste du modèle du logiciel libre Roberto Di Cosmo. Il revient, pour eWeek.fr, sur les enjeux du projet.
L’Europe vient d’accoucher d’un nouveau projet de développement informatique : Mancoosi (MANaging the COmplexity of the Open Source Infrastructure, autrement dit gérer la complexité des infrastructures du logiciel libre). Ce projet vise à améliorer la qualité des mécanismes de mises à jour des logiciels libres exploités dans les environnements Linux. Mancoosi devra notamment répondre à un besoin qualitatif de mise à jour face à la multiplication du nombre de logiciels installés et la complexité des configurations, que ce soit dans les entreprises, les administrations ou pour les particuliers. Financé sur 3 ans à hauteur de 4,4 millions d’euros (dont 3,3 millions apportés par l’Union européenne), Mancoosi réunit une dizaine d’acteur de la scène du libre, issus du champ universitaire et des éditeurs commerciaux (1). Le coordinateur de Mancoosi, Roberto Di Cosmo, détaille pour eWeek.fr les enjeux du projet.
eWeek.fr : Mancoosi vise à améliorer la qualité des mécanismes de mise à jour pour les logiciels libres. Ces mécanismes existent pourtant déjà. Quelles sont les problématiques rencontrées et quels en sont les enjeux ?

Dans les distributions GNU/Linux, les logiciels sont organisés dans des « paquets », qui contiennent un certain nombre d'informations qui précise les différents composants, et leur version, indispensables au bon fonctionnement d'une application ainsi que les éventuelles incompatibilités avec d'autres paquets (on parle alors des « dépendances » d'un paquet). Dans les faits, c'est le gestionnaire des mises à jour qui s'occupe de gérer les dépendances, en cherchant a installer tous les paquets nécessaires a la mise a jour sans produire des incompatibilités. Mais cette tache est algorithmiquement très difficile, et, aujourd'hui, les gestionnaires ne sont pas optimaux.
Tant que le nombre de logiciels est relativement petit, tout va bien. Mais l'accumulation de nouvelles installations et la modification des configurations compliquent la situation. Avec des distributions de 20 000 paquets logiciels qui génère 300 000 interdépendances, l'exploration de cet immense tas de nouilles nécessite des outils puissants et complexes à mettre en oeuvre.
eWeek.fr : Comment allez-vous vous y prendre et quel sera le niveau d’intervention des différents participants au projet ?
RDC : Les outils que le projet Mancoosi développera repondent à deux besoins distincts des utilisateurs des mises à jour : d'une part, la possibilite d'exprimer ses préférences de mise a jour à travers le choix des options et des préférences (l'administrateur système d'une grande banque et un passionné de jeux vidéo n'ont pas la même vision de ce que veut dire « mettre à jour sa machine »). D'autre part, la possibilité de pouvoir revenir à une configuration antérieure si malgré tout on decouvre que la mise à jour ne donne pas satisfaction. A la différence d'un Time Machine de Mac OS ou du Point de restauration de Windows, qui ne gèrent pas le problème quand l'installation du composant qui l'induit remonte à plusieurs semaines ou plusieurs mois, nous voulons un contrôle très fin de ce retour de manière à ne restaurer que l'application ou les paramètres concernés par l'instabilité, pas le système entier. Il nous faut dont avoir une approche formelle afin de trouver le bon algorithme pour faire ces mises à jour.
C'est notamment à ce niveau qu'interviendront les éditeurs et universitaires membres du projet. Ilog apportera son expertise mondiale en matière d'optimisation des algorithmes, l'Université catholique de Louvain formulera des méthodes de résolution à travers la programmation par contrainte, INESC-ID son expertise en resolution booléenne, l'Université de Nice Sophia Antipolis sur l'optimisation par intervalles… Les éditeurs de distributions Linux, Mandriva, Pixart et Caixa Mágica, remonteront les problèmes de mises à jour (à partir d'un fichier de log généré lors de l'échec d'une installation et envoyé de manière anonyme).
eWeek.fr : Le projet se focalise sur les logiciels libres développés pour la plate-forme Linux. Les applications propriétaires seront-elles concernées ?
RDC : Par défaut à terme, oui, elles seront concernées et pourront profiter de nos travaux qui seront accessibles librement. Cela contribuera à améliorer la qualité du logiciel en général, et ce n'est pas grave si les éditeurs propriétaires ne nous diront pas merci.
eWeek.fr : Quelle sera la licence attribuée aux applications qui émergeront de Mancoosi ?
RDC : Je ne peux pas encore vous le dire car cela dépendra des licences des briques logicielles utilisées pour développer les applications. On choisira donc la licence résultante selon les cas. Mais ce sera évidement une licence libre..

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